139_2835J'ai eu la chance et le plaisir de participer à un partenariat Livr@ddict et Le Livre de Poche, qui m'a permis de découvrir Un vampire ordinaire de Suzy Mckee Charnas, classé dans la collection Science-Fiction.

4e de couverture : Edward Weyland, professeur d’anthropologie à l’université de Cayslin, semble un bel homme. Mais ce n’est pas un homme. C’est un vampire, un prédateur qui se nourrit de sang humain, issu d’une espèce rare et ancienne, presque dotée de l’immortalité. Les humains fascinent Weyland, et surtout leurs rêves, car lui ne rêve pas, même durant ses longues périodes d’hibernation. Et parce que les humains fascinent Weyland, il entreprend une étrange relation avec une psychanalyste. Une relation psychothérapeutique ? On peut en douter. Mais l’une et l’autre vont succomber à une fascination réciproque, bien proche de ressembler à de l’amour, cette autre forme de prédation.

L’histoire est donc celle d’un vampire tout à fait ordinaire, le Dr Weyland, professeur d’anthropologie, qui s’est fondu dans la masse humaine pour assurer sa survie. Mais alors qu’une femme travaillant sur le campus découvre sa véritable nature, une réaction en chaîne va le pousser à dévoiler sa nature sauvage et peut-être l’entraîner vers sa perte…

J’ai eu du mal à entrer dans cette histoire de vampire. L’entrée en scène de cette fameuse créature n’est pas habituelle : Katje, le premier personnage que l’on rencontre, a déjà tout deviné du secret du professeur Weyland, à savoir qu’il est un vampire. Il n’y a donc pas de suspense à ce niveau-là… De plus, la façon dont Katje découvre ce secret me parait assez irréaliste (si je puis dire en parlant de vampire ;-) : quelques indices au demeurant bien anodins lui mettent la puce à l’oreille ; mais si tous les hommes vieillissants, beaux et forts doivent être des vampires, je me méfierai de mon voisin du dessus…

L’ouvrage se veut une variation moderne (même s’il date de 1980) sur le thème du vampire, thème traité de manière originale, il est vrai. Cette originalité vient de deux principaux aspects :


En premier lieu, ce vampire ordinaire, donc, se distingue très peu de l’humain dans ses caractéristiques physiques ; mise à part une force surhumaine, il ne possède aucun attribut des vampires légendaires : il supporte très bien la lumière, n’est pas rebuté par l’ail ou les crucifix… il ne possède par de longs crocs pour absorber le sang de ses victimes mais un petit appendice sous la langue qui lui permet de transpercer la peau. Il a renoncé à tuer pour ne pas éveiller les soupçons et se fondre ainsi parmi les membres de son « cheptel » qui lui fournissent sa subsistance : il se contente de les endormir par une pression sur leur cou qui empêche l’irrigation du cerveau et les plonge dans un état second.


Toutefois, par ses caractéristiques psychologiques, ce vampire est plus proche d’un animal que d’un humain : les humains sont pour lui « sa nourriture », un bétail sans importance. S’il ne tue pas (toujours) c’est simplement pour ne pas se faire remarquer, pour sa survie… Il n’éprouve pas de sentiments, il est simplement froid et calculateur… aucune ombre de complexité, c’est seulement un chasseur… avoir de l’empathie pour le personnage devient par conséquent très difficile, même quand on essaie de nous démontrer qu’il peut être troublé par un humain ou par des sensations surgies du passé, cela met d’autant mieux en lumière sa nature sauvage et prédatrice.

Le deuxième aspect original tient à la structure narrative de l’ouvrage. En effet, le narrateur est toujours externe mais change de point de vue à chaque chapitre : il s’agit le plus souvent du point de vue d’un personnage qui côtoie le vampire de manière soutenue dans une situation déterminée et qui est souvent envoûté ou fasciné par lui, ce qui le pousse à faire des choses peu orthodoxes : lui tirer dessus, le laisser s’échapper, tomber amoureux… Les derniers chapitres sont en revanche racontés du point de vue du vampire lui-même.


Cette structure aurait pu être intéressante, si le récit qu’elle sert n’apparaissait pas à de nombreux endroits aussi soporifique. Par exemple, dans un chapitre, le Dr Weyland, qui a du quitter le campus de Cayslin précipitamment, tente de retrouver son poste. Il doit pour cela se plier à des séances de psychanalyse dont le but est de prouver qu’il est sain d’esprit et donc apte à reprendre ses fonctions. Les longs passages où le Dr Landaueur détaille ses séances avec le vampire sont trop longs et pénibles à lire : il s’agit de notes explicitant les séances, entrecoupées des états d’âmes de la psychanalyste qui est attirée par Weyland ; les phrases sont souvent tronquées, ne comportent la plupart du temps pas de sujet, des verbes à l’infinitif, bref des aspects qui rendent la lecture difficile.

Dans un autre chapitre, le vampire assiste à une représentation de La Tosca en plein air. Cette scène de l’opéra, très longue, a fini de m’achever. Les descriptions de La Tosca, qui doit être un très bel opéra, m’ont semblé ne jamais vouloir finir (et pourtant, j’adore Zola), je n’ai vu que très peu d’intérêt à ce chapitre, si ce n’est de vouloir nous démontrer l’état second du vampire, ébranlé par le musique et la force de l’opéra, ce que j’ai trouvé totalement incongru : un vampire sans sentiments et sans états d’âme qui est tout secoué par un opéra, ce qui le conduirait à se rappeler son passé et le pousserait à revenir à un état plus sauvage… je n’ai pas du tout adhéré.

En conclusion, je dirais que ce vampire ordinaire ne m’a pas du tout intéressé, et que j’ai eu beaucoup de mal à finir le livre. Mais cela tient peut-être effectivement à la façon peu classique de traiter le thème du vampire, qui ne m’a pas accroché… D’autres lecteurs pourraient cependant y trouver leur compte.


J’ai noté toutefois un passage qui m’a semblé intéressant, de mon point de vue de documentaliste (on ne se refait pas) : « La mise en mémoire électronique et les systèmes de recherche documentaire sont efficaces, mais l’efficacité n’est qu’une valeur parmi d’autres. Les livres font de beaux outils et de bons amis – instructifs, discrets, disciplinés. » (p 123).
Je tiens à remercier livraddict_logo_small et LGF_logo_G pour ce livre offert dans le cadre du partenariat !